Amon-Rê-Montou

Ex-voto

ÉGYPTE > PROBABLEMENT KARNAK-NORD > TEMPLE DE MONTOU

TROISIÈME PÉRIODE INTERMÉDIAIRE > XXVe dynastie, dite koushite ou éthiopienne > 675 – 640 avant J.-C.

[VOIR CHRONOLOGIE]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 22,5 cm ; L. : 5,2 cm ; Pr. : 10,6 cm 

Co. 796

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre présente un état de conservation correct.

Les jambes étaient brisées au niveau des chevilles, mais une restauration en 1956-1957 a permis de les rattacher et consolider. On constate plusieurs pertes de matière (extrémités des plumes de la couronne, pied gauche, attributs des mains, côté droit de la base) ainsi que des fissures sur la base supérieure du socle.

Une perte de matière est visible du côté droit de la base. Elle est prolongée par une fissure sur l’arrière du socle. Un percement et une petite lacune ovale de fabrication se voient sur le revers du socle. L’œuvre est desquamée par un nettoyage chimique ancien. La surface actuelle se situe en-dessous de la surface d’origine. Sur le dessus du socle, une pièce de métal rectangulaire d’origine camoufle un défaut de fabrication.

Description

L’œuvre Co. 796 figure le dieu Montou debout sur un socle inscrit, dans la position de la marche apparente, le pied gauche en avant. Son bras droit est replié vers l’avant, alors que le bras gauche est placé le long du corps. Les deux mains serraient autrefois des attributs aujourd’hui disparus. J. Leclant propose de restituer dans la main gauche un cimeterre (LECLANT 1961, p. 74).

Le dieu est coiffé de sa couronne habituelle. Elle se compose de deux hautes plumes droites, pour lesquelles le rachis et les barbes ont été clairement dessinés. À l’avant de ces plumes, un disque solaire est orné de deux uraei. Leur corps dressé, et décoré de stries horizontales rendant les écailles, monte à mi-hauteur du disque. Leur queue se regroupe pour couronner le crâne derrière les plumes. La présence de deux uraei est caractéristique de la XXVe dynastie, aussi appelée époque koushite du fait de son origine nubienne. On considère généralement que ces deux uraei symbolisent la domination de cette dynastie sur l’Égypte historique et sur la Nubie, appelée par les Égyptiens Koush. Cependant, le dédoublement de l’uraeus est aussi caractéristique de l’iconographie du dieu Montou de manière générale (cf. Le linteau E13983 de Medamoud, daté du règne de Sésostris III et conservé au Louvre).

Montou est également coiffé d’une perruque tripartite striée verticalement recouvrant les oreilles, et porte un large collier ousekh  composé de quatre rangées de perles qui surmontent une rangée de gouttes pendantes. Enfin, le dieu est habillé d’un pagne court plissé (chendjit). Une ceinture, originellement décorée, serre ses hanches.

 

Montou est un dieu hiéracocéphale. Les yeux, flanquant un petit bec crochu, sont creusés dans la masse métallique et étaient originellement sertis, comme en témoignent encore les traces de leur monture d’argent dans l’œil droit. Les détails de la sculpture sont assez fins : modelé de la musculature des bras, doigts et orteils dissociés les uns des autres, dessin des fessiers. Dieu guerrier de la région de Thèbes, Montou est mentionné dans les Textes des Pyramides, mais acquiert de l'importance sous le règne de Montouhotep Ier, fondateur de la XIe dynastie. Auparavant, il n’avait peut-être même pas d’attributs militaires et aurait peut-être eu un rôle de divinité astrale. Ses lieux de culte principaux, objets d’un investissement particulier par les monarques thébains du Moyen Empire, sont au nombre de quatre : Médamoud et Karnak-Nord au nord de Thèbes et el-Tôd et Armant au sud. C’est peut-être là aussi l’origine du dédoublement de ses uraeus mais aussi, parfois, de sa représentation avec deux têtes, comme sur les statuettes du British Museum inv.nos. EA 54389 et EA 15675 (LECLANT 1961, pl. VIII). Un texte tardif d’el-Tôd le présente comme le « dieu aux quatre visages », en référence à ces quatre sanctuaires (CORTEGGIANI 2007, p. 341). Perdant son rôle de premier plan face à Amon au Nouvel Empire, Montou connaît un renouveau important avec les rois kouchites, en lien avec leur goût pour l’archaïsme qui permet de mettre en scène une continuité dynastique avec les prestigieux ancêtres du Moyen Empire. On connaît ainsi de nombreuses statuettes de ce dieu à cette période, notamment plusieurs au British Museum (inv.nos. EA 60339, EA 60342) ou encore au Kunsthistoriches Museum de Vienne (inv.no. 8227) ou à l’Ashmolean Museum d’Oxford (inv.no. AN1932.824).

 

En sa qualité de divinité guerrière, le dieu est ici figuré piétinant la représentation des « Neuf Arcs », qui symbolisent les pays vaincus sous la domination de Pharaon. Sur cette même face, quelques hiéroglyphes donnent également le nom du commanditaire de la statuette, le « serviteur d’Amon, Ankhpafhery ». Le reste du texte n’évoque en fait pas nommément Montou, mais le dieu Amon-Rê : la statuette représente en réalité une forme syncrétique fusionnant les attributs de ces trois divinités, une association qui témoigne des évolutions religieuses de l’époque koushite. Amon-Rê et Montou sont fréquemment associés à Karnak, également en raison de leur origine thébaine à l’un et l’autre, et sont assimilés à l’époque koushite à une seule et même divinité solaire, assumant tous deux la préséance dans le panthéon thébain et national.

 

Le dieu se tient sur un socle creux dont la stabilité est assurée par deux tenons sous les pieds. Sur la face avant, trois cartouches sont présentés côte à côte et surmontés chacun de deux plumes d’autruche et d’un disque solaire : Amon-Rê au centre, associé au titre de Maître des trônes du Double-Pays, repose sur le signe du sema-taouy, symbole de l’unification des Deux Terres. Les cartouches latéraux, dont les signes font toujours face au cartouche central, sont réservés aux noms et titres de deux Divines Adoratices. Ils surmontent chacun un serekh, représentation schématique d’une façade de palais qui servait, dans les premiers temps de la monarchie égyptienne, à enclore le nom du roi ; il s’agit, là encore, d’un des archaïsmes si fréquents à la XXVe dynastie. De part et d’autre sont figurées, sous leurs formes zoomorphes, la déesse-cobra Ouadjet symbolisant la Basse-Égypte et qui en porte la couronne et, en symétrie, la déesse-vautour Nekhbet coiffée de la couronne blanche de Haute-Égypte. Les signes encadrant les colonnettes transcrivent une formule de protection commune s’adressant aux Divines Adoratrices : « douée de vie, de stabilité et de force comme Rê ». Les autres faces sont également décorées : à l’arrière par le sema-taouy, sur les côtés par une ornementation à base de sceptres-ouas et de croix ankh surmontant des corbeilles finement détaillées (un décor très commun qui peut être observé sur d’autres objets para-contemporains comme la statuette du Louvre inv.no. AF 588 ; sur la face inférieure, deux signes hiéroglyphiques isolés sont interprétés par Jean Leclant comme un essai du graveur (1961, p. 80).

 

La présence des noms des deux Divines Adoratrices, Chépénoutet II – fille de Piânkhy et sœur du roi Taharqa (689-663 av. J.-C.) – et Aménirdis – mère adoptive de Chépénoutet et fille du roi Kachta – témoigne des importantes mutations politiques et religieuses durant la Basse Époque. En effet, dès le début du Ier millénaire, à la fin de la période ramesside, le clergé d’Amon bénéficie d’une importance considérable, enrichi par les butins de guerre régulièrement concédés par les rois de la XVIIIe et de la XIXe dynastie. L’apparition de Grands Prêtres (les « Prophètes » d’Amon) s’accompagne de l’émergence d’un clergé féminin très puissant, les Divines Adoratrices ou « Divines Épouses » d’Amon. Ce titre désigne une prêtresse qui entretient le dieu dans sa puissance et sa fertilité, et dont la participation est requise dans les principaux rites du culte quotidien. Bien que la majorité des Divines Adoratrices officie à Thèbes, en tant qu’épouses d’Amon, elles pouvaient également être associées à toutes les épouses divines telles Isis ou Hathor (GOMBERT-MEURICE, PAYRAUDEAU 2018). Le titre de "divine adoratrice", déjà utilisé à la XVIIIe dynastie pour certaines femmes de la famille royale, connaît un renouveau extrêmement important à partir de la XXIe dynastie. Désormais, la prêtresse est détentrice de regalia, comme des cartouches ou la présence d’un uraeus frontal. Elle est aussi représentée face aux divinités sur les reliefs des temples, pour y accomplir la quasi-totalité des prérogatives royales liturgiques. Ces éléments placent alors la Divine Épouse comme l'égale du souverain sur le plan formel. Cependant, son rôle est aussi politique puisque le souverain place souvent sa fille en tant que nouvelle Divine Adoratrice afin d’asseoir son pouvoir et de s’assurer d’étroites relations avec le clergé. On voit ainsi apparaître une dynastie de prêtresse entièrement consacrées au dieu par le célibat, possédant une cour propre et des biens matériels conséquents, et jouant à partir de la XXIIe dynastie un rôle de plus en plus important dans les affaires diplomatiques et politiques.

Œuvres associées

Les collections du musée Rodin ne conservent pas d’exemples similaires à la statuette Co. 796.

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

BOREUX 1913 : 234. Le roi Kaslila (son nom est donné par un triple cartouche, malheureusement très effacé, gravé sur la face antérieure du socle) sous les traits du dieu Montou hiéracocéphale, coiffé de la double plume, du disque et de 2 uraeus. Il est debout, dans l’attitude de la marche, sur un socle sur lequel sont gravés les 9 Arcs et une inscription de 5 lignes. Sur les autres faces du socle sont figurés les symboles habituels et le signe du Sam-Taoui. Les pieds sont cassés. Bronze, haut. total 22 cent ½. Estimé 2000 frs.

 

En septembre 1913, le Conservateur des Antiquités égyptiennes G. Bénédite écrit au Directeur des Musées nationaux pour lui faire part des plus belles pièces étudiées lors de l’inventaire de Boreux. Il écrit pour la statuette Co. 796 : « Le bronze n° 234 représentant le roi dans son état actuel est évalué par nous à 2 000 Frs. Le décapage de ce bronze pourrait révéler une valeur artistique supérieure ».

 

Donation à l’État français en 1916.

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