Relief en creux

Deux hommes faisant une offrande à Ptah

Égypte > Région memphite (probablement)

Nouvel Empire > fin de la XVIIIe dynastie probablement

[voir chronologie]

Calcaire polychrome

H. 10,8 CM ; l. 33,3 CM ; P. 3 CM

Co. 901

Commentaire

Etat de conservation

Fragment de bas-relief en bon état de conservation. Aucun chant n’est original, hormis le chant gauche pour lequel un doute subsiste. Les chants droit et inférieur correspondent à des cassures anciennes. Les chants gauche et supérieur ont été dressés suite à la dépose.

La face gravée en creux est légèrement érodée de manière uniforme sur toute la surface. Seule la partie supérieure de la scène est conservée : l’image du personnage du milieu est préservée jusqu’à la taille, celui de droite jusqu’à mi-poitrine (coupée en oblique) ; du dieu, seule la tête est visible. Toute l’extrémité supérieure de la scène est manquante, rendant difficile la restitution de l’inscription située au-dessus des personnages. Seule la partie inférieure du texte est conservée.

 

Des traces de pigment ocre rouge sont très visibles sur le visage et le corps des deux hommes de droite.

 

Le revers est taché d’ocre, à gauche mais cette coloration est accidentelle. Elle est probablement due au contact d’un objet métallique (étagère) qui, par l’humidité, s’est oxydé. Les oxydes ont ainsi migré par capillarité dans la pierre.

Description

À droite de la scène, deux hommes tournés vers la gauche s’avancent vers l’image d’une divinité, placée sous un dais. Ils portent une perruque courte qui cache leurs oreilles, et arborent un large collier ousekh, non détaillé. Les traits de leur visage sont fins, avec une bouche aux lèvres particulièrement pulpeuses. La tête du personnage de gauche est coiffée d’une perruque boule à pans classiques ; celle du personnage de droite d’une perruque similaire, mais à pans triangulaires. D’après les résidus de pigment, leur carnation (visage et corps) était de couleur ocre rouge. Chaque homme présente une offrande différente au dieu qui se trouve en face d’eux. Le premier tend au dieu un bouquet d’offrandes végétales. Il tenait probablement dans sa main droite la tige d’une grande fleur dont la corolle épanouie est orientée vers les narines du dieu. Le deuxième homme, placé derrière lui, supporte dans sa main gauche ouverte une coupe au fond arrondi et aux rebords ourlés qui contient trois pains triangulaires. Sous sa main apparaît la partie supérieure d’une grande fleur épanouie. La fin d’une inscription hiéroglyphique est visible au-dessus des deux hommes ; elle était composée de quatre colonnes. Bien que très lacunaire, elle nous apprend qu’un des deux hommes, au nom se terminant par « y » était un scribe. Légèrement courbés, ces personnages ne sont donc pas de simples porteurs d’offrandes, mais des dignitaires rendant grâce au dieu, présent devant eux par l’intermédiaire d’une statue.

 

À gauche du fragment, l’image du dieu égyptien Ptah est aisément reconnaissable : le crâne recouvert d’une calotte lisse, il porte une longue barbe. Il tenait devant lui un sceptre composite dont la partie supérieure est ornée d’une croix ânkh (insigne de vie) et du pilier djed (insigne de stabilité), surmontés du signe ouser (insigne de pouvoir). Il s’agit très probablement d’une statue divine, placée dans une chapelle éphémère construite en matériau léger. La partie supérieure de ce naos se recourbe au-dessus du dieu et son bord est composé d’un élément vraisemblablement végétal. La présence d’un demi-cercle, visible au-dessus de la chapelle, est actuellement difficile à interpréter. Devant elle, la fin d’une inscription hiéroglyphique est disposée en une colonne. Les signes, orientées en direction du dieu, nous apprennent que Ptah est maître de Maât (l’équilibre qui régit l’univers habité) et roi des Deux Terres (c’est-à-dire de la Haute et de la Basse Égypte).

 

Ce bas-relief se caractérise par la finesse de la gravure et le souci du détail : les deux officiants, assez semblables dans leur allure générale et leur attitude, ont en réalité les traits du visage individualisés et ne portent pas le même type de perruque. Les détails des croisillons des mèches de la perruque de l’homme de gauche sont bien observables, notamment au niveau de la frange (voir cliché de détail N° 1 et le fac-similé de Nathalie COUTON-PERCHE). La perruque du personnage de droite est lisse et plus angulaire (voir cliché de détail N° 2). Les yeux des personnages sont étirés en oblique, remontant vers la tempe et se rapprochant de la ligne de sourcil. L’arête du nez est droite (personnage de droite) ou légèrement concave (personnage de gauche). La distance labio-nasale est très courte, les lèvres sont charnues et le menton en avant. La joue est pleine et marquée par un sillon. Si leurs oreilles sont masquées par les pans de leurs perruques, l’oreille du dieu Ptah, qui est bien visible sur sa calotte crânienne, est caractérisée par un lobe charnu soigneusement détaillé. Le cou des deux hommes est assez long et bien dégagé. Les membres sont relativement graciles. L’impression générale qui se dégage de cette scène d’offrandes est sereine. Les officiants, concentrés sur leur acte, ont des traits détendus, souriants ; la cérémonie se déroule harmonieusement.

 

Ptah, patrons des artisans et des architectes, est un dieu créateur par excellence : ayant existé avant toute chose, il a conçu le monde dans son cœur puis lui a donné vie grâce à la parole. Sur le relief Co. 901, il est qualifié de « maître de Maât (la Vérité) et roi des Deux-Terres (l’Égypte) ». Dieu assurant un rôle de préservation de l’univers (en maintenant l’équilibre de la Maât), il est aussi le patron de la royauté et des jubilés. Représenté « debout ou assis dans une chapelle à toit bombé, dont les parois sont faites d’une sorte de clayonnage » (CORTEGGIANI 2007, p. 455), il est généralement figuré sous les traits d’un homme à la peau verte, enserré dans un suaire lui collant à la peau, portant la barbe divine et tenant un sceptre composite ânkh-djed-ouas (vie-stabilité-pouvoir).

 

A l’époque ramesside, Ptah « devient le troisième dieu parmi les plus importants de l’Égypte, protecteur de l’État et du roi, après Amon et Rê » (MAGGIO Laetitia, dans CHARRON, BARBOTIN 2016, cat. 16 p. 68-69. Des scènes d’offrandes au dieu Ptah sont présentes dans plusieurs temples. Par exemple, sur le mur d’enceinte de l’Akhmenou – temple de la fête Sed construite sous Touthmôsis III – Ramsès II offre au démiurge des étoffes (cinquième photo). On remarque que le dieu y est représenté debout dans son naos, chapelle à parois fines et au toit bombé, comme sur le relief Co. 901.

 

Avec la Troisième Période intermédiaire (1069-656 av. J.-C.), Ptah se retrouve au centre de la monarchie, le couronnement du roi ayant à nouveau lieu au sein de son temple. Sur un bas-relief conservé au musée du Louvre, à Paris (E 25680), le grand-prêtre de Ptah Chedsounéfertoum, suivi de son porte-éventail, présente au dieu Ptah, debout dans sa chapelle, et à son épouse Sekhmet une table lourdement chargée d’offrandes placée devant eux. Outre la disposition de la scène d’offrandes, ce monument offre de nombreuses similitudes avec le relief Co. 901, en particulier le style (gravure, finesse des détails) et la paléographie (inscription).

 

Originaire de la première capitale de l’Égypte, Memphis, son principal lieu de culte se trouvait donc à Memphis, où un immense temple lui était consacré. En conséquence, il est donc possible de suggérer que ce bas-relief, fragment de stèle ou de mur détaché d’une tombe privée, provient probablement de la région memphite. Pour plus d’informations et une bibliographie consacrée au dieu Ptah, consulter cette page.

Inscription

La partie inférieure de deux inscriptions hiéroglyphiques est conservée. Elles sont gravées en creux dans la pierre. La première est située au-dessus des deux hommes présentant des offrandes. Elle est disposée en quatre colonnes, se lisant de gauche à droite, dans une orientation suivant celle des personnages. La deuxième inscription consiste en une colonne de texte, lisible de droite à gauche, placée devant le naos du dieu Ptah. Cette inscription suit l’orientation du dieu.

Traduction Dominique Farout (2013).

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

Boreux 1913, Meudon/pavillon de l'Alma/vitrine 15, 447, Fragment de stèle jadis peint. Deux personnages tournés vers la gauche font l’offrande à Ptah dans un naos. Il ne reste que la partie supérieure et des personnages et du dieu. Au-dessus des personnages restes de quatre lignes d’inscriptions 39 x 10 ½. Estimé vingt cinq francs.

 

Donation Rodin 1916.

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