Fausse-porte

Égypte > région memphite, probablement

Datation > Ancien Empire > IVe ou Ve dynastie

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 35 CM ; L. 72 CM ; P. 19 CM

Calcaire

Co. 1301

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre est en bon état de conservation. Les reliefs sont assez bien préservés jusque dans leurs détails. De la fausse-porte, ne subsistent cependant que la fenêtre et le linteau.

Description

La fausse-porte, dont cette pièce présente ici la partie supérieure, est un élément incontournable de la culture funéraire égyptienne, tout particulièrement à l’Ancien Empire. L’iconographie très codifiée de ce type d’objet est bien visible sur cet exemplaire : la défunte, une certaine « dame Roudjet », y est assise devant un guéridon jonché de victuailles vers lequel elle étend la main, complété d’une liste d’offrandes inscrite. En-dessous se situe le linteau de la porte, qui énumère encore d’autres offrandes.

 

La défunte est vêtue d’une robe-fourreau et arbore une longue perruque tripartite. Elle tient également de la main gauche un petit fléau ou chasse-mouches, qui retombe sur son épaule gauche. Les nombreux bracelets et le collier qui la parent, ainsi que l’élégant fauteuil orné d’une feuille de lotus, dont les pieds sont sculptés en forme de sabots bovins, signalent aux visiteurs de la nécropole que cette femme appartient à l’élite égyptienne.

 

Le développement stylistique de ce type d’objet est bien connu. Dès la IIe dynastie, les tombes de certains courtisans sont surmontées de stèles assez grossières représentant le défunt ou la défunte devant le « repas funéraire » : c’est l’origine du motif, vers 2800 av. J.-C. Parmi de nombreux exemplaires, on peut citer l’une de celles conservée au Petrie Museum (inv.no. UC 14444) qui représente l’une de ses premières attestations. À partir de la IIIe dynastie, ce motif du « repas funéraire » se trouve combiné avec le motif de la « porte », que l’on trouvait jusque-là directement sur la façade orientale des mastabas.

 

D’abord le plus souvent ornées du motif dit « en façade de palais » (bandes verticales emboîtées, souvent colorées), les fausses-portes adoptent de plus en plus une forme moins ornée à partir de la IVe dynastie (GOURDON 2016, p. 234-240). Bien que la fausse-porte Co. 1301 soit très lacunaire, il semble que l’on soit en effet en présence de l’une de ces « fausses-portes de type classique », courantes à partir de la IVe dynastie. Les autres critères typologiques pour une datation plus fine, cependant, ne peuvent pas être appliqués, puisqu’une trop petite partie de l’objet est préservée : par exemple, à partir de la VIe dynastie, les fausses-portes sont bordées sur le bord supérieur par une corniche, mais sa présence ou absence est invérifiable ici.

 

L’objet provient très certainement de la zone memphite, sans doute à la IVe ou la Ve dynastie. Cependant, à Gizeh durant la IVe dynastie, une mode archaïsante se répand, caractérisé par un retour au simple tableau présentant le défunt et son repas funéraire, enchâssé dans la maçonnerie à l’extérieur du mastaba : c’est la slab-stela ou « stèle-pancarte » (der MANUELIAN 2003), dont un très bel exemple se trouve au Louvre (stèle de la princesse Nefert-iabet inv.no. E 15591). L’objet Co. 1301 étant bien, pour sa part, une stèle fausse-porte, il est donc peut-être plus volontiers à attribuer au site de Saqqara et à la Ve dynastie.

 

La stèle fausse-porte représente l’un des éléments les plus importants de la chapelle funéraire, puisqu’elle assure la communication entre le défunt et les vivants. En ce sens, comme le formule Yannis Gourdon, « cet élément architectural n’est ‘faux’ qu’en apparence, car aux yeux des anciens Égyptiens (…) c’est une véritable ‘porte’ » (GOURDON 2016, p. 234). Sculptée pour ressembler à une véritable porte, et peut-être même remplaçant une porte réelle à deux battants qui existait peut-être à la fin IIIe – début IVe dynastie comme l’a suggéré récemment Miroslav Barta (2020, p. 15), la fausse-porte permet de simuler le passage entre les deux mondes. Le défunt pouvait ainsi accéder aux offrandes déposées à son intention par les vivants devant la porte, et donc assurer la subsistance de son ka dans l’au-delà et sa propre régénération. Ces offrandes sont par ailleurs représentées directement sur le support de la fausse-porte, sous les espèces de la scène du repas funéraire, et en tant qu’une liste les énumérant avec plus ou moins de précision et de variété. L’écriture et l’image, fixées dans la pierre, pérennisent l’approvisionnement du défunt et l’assurent magiquement de ne jamais manquer de nourriture.

 

Peu de femmes possèdent à l’Ancien Empire leur propre tombe et leur propre chapelle funéraire (e.g. O’NEILL 2015). Le plus souvent, une partie de la chapelle d’un homme défunt était consacrée à son épouse, habituellement sous la forme unique d’une stèle fausse-porte. Aussi la stèle fausse-porte de la dame Roudjet faisait-elle, sans doute, originellement partie de la chapelle funéraire de son époux.

< Retour à la collection