Trois femmes agenouillées

Fragment de stèle

Égypte > Région memphite ?

Moyen Empire (probablement)

[voir chronologie]

Calcaire polychrome

H. 11,7 CM ; l. 21,9 CM ; P. 2,3 CM

Co. 908

Commentaire

Etat de conservation

Fragment de stèle en bon état de conservation. Le chant inférieur semble original. Il comporte des coups d’outil, frappés en oblique. Le fragment a été déposé, comme en témoignent les cassures et les coups d’outils sur les autres chants. Le revers a été complètement repris à l’outil (scie). Dans la partie supérieure, un trait de scie entame le relief dans son épaisseur sur une longueur d’environ 3 centimètres. La face gravée est marquée d’épaufrures et éclats divers.

 

La présence d’un bandeau dans la partie inférieure marque la limite d’un registre. La tête du personnage du milieu manque, celui de droite est coupé en oblique au niveau du buste (son bras droit est conservé) et seuls les genoux, la main droite et le coude du personnage de gauche sont visibles. La main gauche du personnage central a été arasée, mais le pouce et les bracelets sont reconnaissables.

 

Des traces de polychromie sont conservées, à savoir des résidus de pigment noir sur la perruque du personnage central.

Description

Trois personnages tournés vers la droite sont agenouillés sur le sol, assis souplement sur les talons. L’état fragmentaire de l’objet laisse néanmoins suggérer une attitude identique : la main droite, ouverte, est posée paume sur la cuisse droite, tandis que la gauche est rabattue, paume sur la poitrine. Le personnage du milieu – le mieux conservé – est sans nul doute une femme. En témoignent sa longue perruque tripartie striée de couleur noire, son sein vu de profil et sa robe moulante à bretelles, qui descend jusqu’au dessus des genoux. Elle porte des bracelets aux poignets, représentés par des traits parallèles gravés dans la pierre. Ces bracelets multiples en forme d’anneaux étaient très en vogue dès les débuts de l’Ancien Empire. Pour le site de Saqqara à la IIIe dynastie, voir par exemple les trois anneaux en or du Musée égyptien du Caire (Inv. N° JE 92655-53, 56 et 70 ; ART EGYPTIEN 1999, Cat. 19 a, b et c p. 164) ou en ivoire du British Museum de Londres (Inv. N° Ea 68316, 68317 et 68318 ; ART EGYPTIEN 1999, Cat. 20 a, b et C p. 165) et les bracelets ornant les bras de la statue de la dame Nésa conservée à Paris au musée du Louvre (Inv. N° N 39 (=A 38) ; ART EGYPTIEN 1999, Cat. 15 p. 160-161). Ces bracelets ont été plus spécialement portés à la IVe dynastie (CHERPION 1989, p. 70). Les deux autres personnages, dont la représentation est moins bien conservée, sont également des femmes : outre leur posture identique, le bas de leur vêtement et leurs bracelets sont comparables à ceux de la femme du milieu. L’extrémité d’une perruque à mèches simples longue est encore visible sur la poitrine et dans le dos de la femme assise le plus à droite.

 

Plusieurs signes hiéroglyphiques en relief – de belle taille et bien détachés du fond – sont visibles entre les personnages. Le texte est disposé en colonnes et son sens de lecture s’effectue de droite à gauche, suivant ainsi une orientation conforme à celle des personnages.

 

Les petites dimensions du relief Co. 908, ainsi que l’observation de sa partie inférieure (chant et bandeau en relief sur la face gravée) suggèrent qu’il s’agit de l’extrémité inférieure d’une stèle funéraire égyptienne, dont on peut estimer la hauteur d’origine à une cinquantaine de centimètres (environ une coudée). Au Moyen Empire (vers 2000 av. J.-C.), apparaissent les stèles familiales divisées en registres (LANGE, SCHÄFER 1902). Dans les registres supérieurs, le défunt, parfois accompagné de son épouse, est généralement assis devant une table garnie de nourriture. Une formule d’offrandes est gravée au-dessus de la scène. Une ou plusieurs séries d’hommes et de femmes, debout ou agenouillés, peuvent alors figurer dans les registres inférieurs. Il s’agit de membres d’une même famille, car leur représentation est souvent accompagnée d’une inscription gravée devant ou au-dessus de chacun d’eux, comportant leur nom et éventuellement leur filiation avec le défunt.

 

La stèle du charpentier Imeny (Louvre C 179) et la stèle de Sasatet, chef de service du bureau du chancelier (Louvre C 5), datées de la fin de la XIIe dynastie, font partie de ce type de monuments, dont on connaît de très nombreux exemples.

 

Ces stèles étaient placées dans de petites chapelles privées, construites par les familles auprès du temple d’un dieu, afin de bénéficier de sa protection éternelle.

 

Au Nouvel Empire, le défunt – toujours accompagné de ses proches – présente des offrandes à un dieu (généralement Osiris), ou en reçoit lui-même de sa famille. Au troisième registre de la stèle au nom de May (Musée du Caire CG 34050, provenant de Saqqara), trois femmes, tournées vers la gauche, sont agenouillées et respirent une fleur de lotus. Elles sont identiques tant du point de vue de la pose que de leur costume (LACAU 1909, I, p. 86-90, II, pl. XXX). Sur la stèle C 148 conservée au musée du Louvre, datant du règne de Ramsès II (XIXe dynastie), on remarque une alternance d’hommes et de femmes, tournés vers la droite et agenouillés dans la même attitude que les trois femmes sur Co. 908.

 

Sur les stèles de toutes les périodes, les textes sont généralement gravés en creux. Le fragment de stèle du musée Rodin a la particularité d’être en relief levé de très belle qualité, tant pour les figures que pour l’inscription. L’état fragmentaire de Co. 908 rend sa datation difficile. Néanmoins, la qualité d’exécution et la sobriété du style, conjuguées à la robe et à la coiffure traditionnelles portées par la deuxième femme, pointeraient davantage vers une datation du Moyen Empire. (Source : LANGE, SCHÄFER 1902, pl. LXV fig. 120 pour la perruque et DRIOTON 1949, p. 21 pour le vêtement) On peut comparer leur mise et leur attitude avec celles, complètement différentes, des femmes représentées sur le fragment de bas-relief musée Rodin Co. 3061 qu’il est possible de dater avec plus d’assurance du Nouvel Empire (fin de la XVIIIe dynastie).

Inscription

D’après les hiéroglyphes conservés, il est probable que le nom de chaque femme – lisible de droite à gauche – était inscrit devant elle. Un seul signe « i » (roseau) est conservé entre les deux premières femmes. Il s’agirait alors de la dernière lettre du nom de la femme située au centre. Le nom de celle de gauche est partiellement conservé, il contient un « r » (bouche), un signe trop fragmentaire pour être lu, et se termine par « st » (deux signes).

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

Boreux 1913 : Meudon/pavillon de l'Alma/vitrine 15, 449 (Fragment de stèle en calcaire) Id. Restes de 2 personnages tournés vers la droite agenouillés, plus un bras et une main d’un troisième. Derrière le second personnage les deux signes […] Larg. max. 21 cent. ½ Haut. max. 11 cent. Estimé vingt cinq francs.

Donation Rodin à l'Etat français en 1916.

Commentaire historique

Le relief était exposé à Meudon dans la vitrine 15 du pavillon de l'Alma.

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