Roi koushite

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

TROISIÈME PÉRIODE INTERMÉDIAIRE, ÉPOQUE KOUSHITE > XXVe dynastie > 715 – 656 avant J.-C.

[voir chronologie]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 22,8 cm ; L. : 6,3 cm ; P. : 9 cm 

Co. 783

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre est en assez mauvais état de conservation.

Le métal est oxydé et présente une teinte rougeâtre parsemée de taches de vert-de-gris. La jambe droite et une grande partie du bras gauche sont manquants, tout comme les éventuels objets que le roi pouvait avoir tenus en main. Une partie d’un sceptre est encore visible sur le mollet gauche. Une longue fissure traverse le ventre et le dos au niveau de la taille, et la jambe restante est également fissurée en deux endroits.

Sous le pied, un large tenon encore présent permettait l’insertion de la statuette dans un socle antique

Description

La statuette figure un homme debout dans la position classique de la marche apparente, c’est-à-dire la jambe gauche en avant. L’absence de tout attribut divin et la présence d’une barbe postiche royale, et non divine (respectivement droite et courbée), suggère qu’il s’agit ici de la représentation d’un roi ; les similitudes avec la statuette du Musée Rodin Co. 782 confirment cette hypothèse. Le modelé du visage, très rond et assorti d’une mâchoire large et carrée, est par ailleurs stylistiquement caractéristique de la dynastie kouchite.

 

Le roi anonyme est vêtu d’un pagne chendjit simple très court et coiffé d’un mortier (calotte haute) qui pourrait avoir figuré la couronne caractéristique d’Amon, surmontée de deux hautes plumes rapportées aujourd’hui disparues. Le bras droit repose le long du corps et tenait un sceptre comme le prouve l’espace aménagé dans le poing droit serré. Le bras gauche, légèrement replié vers l’avant, tenait un long et fin sceptre dont une partie est toujours visible sur le mollet gauche. Ce sceptre devait reposer au même niveau que les pieds.

 

Le visage carré aux joues pleines, modelées grâce à des creusements sous les yeux et à un sillon labio-nasal marqué. Les yeux étirés en amande étaient probablement originellement incrustés de pâte de verre sous des sourcils peu arqués. Le nez, fin à sa naissance, s’élargit ensuite nettement pour devenir épaté et les lèvres sont charnues. Ces traits sont typiques de la XXVème dynastie kouchite, formée de rois d’origine nubienne. Il en va de même pour les proportions des membres, massifs et traités comme des cylindres avec peu de modelé, terminés par des chevilles épaisses et des pieds plats, caractéristiques du style de cette époque. En revanche, le buste est modelé avec beaucoup de finesse, les muscles des bras détaillés, les plis de l’aisselle et du coude marqués, ainsi que le dessin des pectoraux, du sillon stomacal, du nombril en forme de goutte et même du creux de la colonne vertébrale à l’arrière.

 

La grande attention portée à la musculature des bras et du buste ainsi que les traits du visage sont clairement inspirés de la fin du Nouvel Empire : les rois de la Troisième Période Intermédiaire ont en effet repris à leur compte plusieurs éléments stylistiques hérités de la période ramesside, dans un souci de continuité et donc de légitimation de leur pouvoir sur l’Egypte. Il est même possible, au vu de la patine particulière de la statuette, qu’elle ait été moulée dans un alliage cuivreux particulier, incorporant de l’or et de l’argent (« bronze noir ») et caractéristique du Nouvel Empire et des époques directement postérieures pour se raréfier à la Basse Epoque (cf. HILL Marsha, Offrandes aux dieux d’Égypte, Fondation Pierre Gianadda et Matigny Suisse, 17 mars – 8 juin 2008, Paris, New York, 2008, p. 39). Le fait que le pagne royal soit particulièrement court peut également être daté d’après le Nouvel Empire.

 

Bien que le roi représenté soit ici anonyme, le modelé du corps et du visage, on l’a déjà noté, est très similaire à celui des grandes statues royales de Doukki Gel, représentant les pharaons kouchites, parfois appelés « pharaons noirs ». Ceux-ci ont régné durant la XXVème dynastie, lors de la Troisième Période Intermédiaire, alors que l’Egypte est dirigée successivement par diverses lignées de souverains égyptianisés mais d’origine non égyptienne. Cette dynastie d’origine soudanaise règne d’abord sur la Nubie (ancienne colonie égyptienne redevenue indépendante), puis étend sa souveraineté sur son ancien suzerain égyptien. Les élites nubiennes ont à cette époque adopté de longue date les codes culturels, les cultes égyptiens et l’écriture hiéroglyphique, et ces souverains ont à cœur de prouver leur légitimité en tant que pharaons, notamment en s’investissant profondément dans la réfection et l’embellissement des lieux de culte, dont l’immense temple de Karnak dédié à Amon, une divinité qui s’est implantée durablement dans le paysage religieux nubien.

Œuvres associées

L’œuvre Co. 782 présente des caractéristiques similaires dans le traitement du corps et les traits du visage avec Co. 783. Ces deux statuettes datent probablement de la période koushite.

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

BOREUX 1913 : 353.

 

Donation à l’État français en 1916.

(ancien N° d’inventaire de la Donation Rodin D. R. E. 353)

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