Modèle de sculpteur

Plaque fragmentaire à double face : faucon (face 1) et deux béliers (face 2)

Égypte > Provenance inconnue.

Époque tardive (ou Basse Époque)- Époque hellénistique (IVe – IIIe siècle avant J.-C.)

[voir chronologie]

Calcaire (bas-relief) ; bois : noyer (coffrage et pieds).

Œuvre : H 19 cm ; l. 15, 2cm. Coffrage avec pieds : H. 30,7 cm ; l. 23,5 cm ; ép. 2,7 cm. Coffrage : H. 22, 2 cm ; l. 18,5 cm ; ép. 2,9 cm.

Co. 5838

 

 

Commentaire

Etat de conservation

État de conservation moyen. La plaque est cassée en de multiples endroits. De nombreuses traces d’oxyde de manganèse forment des taches brunâtres sur la surface du relief, en particulier sur la face  avec les béliers.

Description

Cette plaque fragmentaire en bas-relief saillant est enchâssée dans un socle rectangulaire monté sur deux pieds, réalisé par Kichizo Inagaki. Grâce à ce système, l’œuvre peut pivoter sur elle-même et les deux faces du relief, qui ne sont pas exécutées dans le même sens, sont visibles sans être inversées.

 

Sur une des faces, un  faucon pèlerin de très belle facture est représenté de profil, qui regarde vers la droite. Sa calotte, son  bec acéré, son œil et  le contour de celui-ci, ainsi que sa joue sont figurés dans un jeu  de détails sculptés ou simplement incisés, permettant de donner du volume à l’œuvre. Le départ de l’aile droite et de ses pattes est visible, mais le reste du relief est perdu. Toutefois, dans la partie en haut à gauche et sur le côté à droite subsistent des restes de petits rebords, cassés, qui servaient à marquer l’épaisseur originelle du relief. Des marques rouges et noires sont visibles sur le rebord dans la partie supérieure au niveau du rebord au-dessus, ainsi que quelques traces d’outils au-dessus du rebord du côté droit.

 

Sur l’autre face, et donc dans le sens inverse, apparaissent deux béliers. Les deux animaux, figurés l’un au-dessus de l’autre reposent chacun sur une ligne de sol d’1,2 cm de hauteur. Dans la partie supérieure, seule la patte avant droite de l’animal peut être distinguée. Le bélier sculpté dans la partie inférieure est quant à lui mieux conservé. Le visage du bovidé est détaillé, qu’il s’agisse de l’œil, du museau ou encore de ses oreilles. Il est doté de deux paires de cornes : une paire en forme de spirale et une paire de longues cornes striées. La toison de l’animal est figurée ainsi que ses deux pattes avant et la patte arrière gauche. Le relief est cassé au niveau de la patte arrière droite et dans le coin inférieur droit. Le flanc et la queue de l’animal ne sont pas préservés. 

Œuvres associées

Pour une autre représentation de faucon sur un modèle mais en relief dans le creux dans les collections du musée Rodin, voir Co. 1042.

 

Les modèles de sculpteur en relief figurant des faucons ou des béliers sont relativement fréquents. En effet, l’image du faucon est bien souvent associée à celle du dieu solaire Horus, auquel le pharaon peut être assimilé. Le bélier peut quant à lui être assimilé aux divinités Khnoum, Amon ou Herishef. On ne s’étonnera donc pas que les apprentis sculpteurs aient souhaité s’entraîner à reproduire leur iconographie. Il faut toutefois signaler que ce relief est le seul connu sur lequel apparaisse sur une face deux béliers et sur l’autre un faucon.

 

Pour d’autres représentations de béliers, on prendra à titre d’exemples celui conservé à Baltimore (inv. 22.53 = STEINDORF 1946, p. 98, pl. 65, n° 349 = http://art.thewalters.org/detail/34770/model-with-two-rams/) sur lequel les deux béliers montrent deux états différents de sculpture. Le pelage du bovidé peut être plus ou moins détaillé ( EDGAR 1906, p. 68-69, pl. 33, n° 33441-33446 ; TOMOUM 2005, p. 230-231, pl. 63, n° 116-119), comme sur l’exemple de Cleveland (http://www.clevelandart.org/art/1928.626?collection_search_query=1928.626&op=search&form_build_id=form-75iOENPlFN_nymZ3WnhuJ25glEnc9XOfgDjPY9j28vY&form_id=clevelandart_collection_search_form), de Chicago (inv. 1920.251 = http://www.artic.edu/aic/collections/artwork/121768) ou celui du Metropolitan Museum of Art (inv. 07.228.10 = http://www.metmuseum.org/collection/the-collection-online/search/552475?rpp=30&pg=1&ft=sculptor's%2Bmodel%2Begypt&pos=24&imgno=1&tabname=label). Sur ce dernier, la face opposée figure deux pieds.

D’autres modèles de sculpteur peuvent montrer la divinité bélier sous forme anthropomorphe, comme c’est le cas à Boston (MFA 51.2474  = http://www.mfa.org/collections/object/double-sided-votive-relief-148421).

 

De la même manière, nous disposons de modèles de sculpteurs figurant des faucons avec plus ou moins de détails (EDGAR 1906, p. 72-74, pl. 35-36, n° 33453-33457 ; TOMOUM 2005, pl. 73-74, n° 140-145). Le modèle conservé au musée Rodin devait sans doute être moins détaillé que celui de Vienne (inv. 10147 = http://www.globalegyptianmuseum.org/record.aspx?id=4527) ou de Baltimore (inv. 22.291 = STEINDORF 1946, p. 99, n° 355) et presqu’analogue à celui du Metropolitan Museum (inv 11.155.12 = http://www.metmuseum.org/collection/the-collection-online/search/545195?rpp=30&pg=1&ft=sculptor's%2Bmodel%2Begypt&pos=15&imgno=1&tabname=label). Certains modèles de sculpteurs sont également connus en relief dans le creux, comme celui de Copenhague (ÆIN 1512 = JØRGENSEN 2009, p. 325-326, n° 150). Ils sont alors taillés dans des pierres plus dures comme le quartzite.

 

 

Inscription

Anépigraphe.

 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

Boreux 1913, Meudon, Pavillon de l'Alma, vitrine 3, 303, Modèle très fragmentaire en calcaire, portant d'un côté la tête et le corps (moins les pattes) d'un faucon, de l'autre la tête et la partie inférieure d'un bélier. En deux morceaux. 10 cent. sur 15 1/2. Estimé cent francs.

 

Donation de Rodin à l'État français en 1916.

Commentaire historique

Le relief fut choisi pour être présenté à l'hotel Biron, où il se trouvait en 1913. Il fut monté sut un ssupport par l'ébéniste japonais Kichizo Inagaki entre 1912 et 1916. Pour présenter ce relief aux deux faces inversées, il  inventa un montage muni d'un système de bascule qui permettait à Rodin de poser l'objet sur une table et de voir tour à tour apparaître le bélier ou le faucon. Le calcaire tendre était simplement encastré dans un panneau de bois, en retrait du cadre et ainsi protégé. Inagaki donna aux deux pieds des formes stylisées dont les rondeurs évoquaient les feuillages et les fleurs des peintres japonais et assembla chaque élément avec un savant système de tenons et mortaises. La forme de l'ensemble rappelait celle des paravents bas. Sur la face représentant le bélier, Inagaki fit oeuvre de sculpteur en travaillant le bois en très faible relief pour prolonger les pattes et la croupe de l'animal de manière impressionniste, à peine visible à l'oeil, mais sensible au toucher. Il utilisa pour cela une pièce naturellement striée qui imitait un pelage et semblait rendre le souffle du bélier. Cette intervention minimale témoigne du raffinement de son style et de sa modestie.

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