Scaraboïde à motif de poisson

Egypte > provenance inconnue

Nouvel Empire, probablement

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 2,8 CM : L. 3,7 CM

Faïence siliceuse glaçurée.

Co. 1966

Commentaire

Etat de conservation

Orientée selon la figure du poisson gravé à l’avers, cette perle aplatie présente un éclat à l’avers sur l’angle supérieur gauche, et un manque au revers sur l’angle supérieur droit. Les motifs des deux faces, soigneusement taillés, sont bien préservés.

Description

Cette perle prend la forme d’un scaraboïde à motif de poisson. Incisé sur son plat, un décor géométrique encadre quatre uraei dressés.

 

Sur la face principale, un poisson apparaît en relief, placé de profil. Cette disposition permet de rendre son image plus résistante aux chocs ; l’objet ayant été réalisé en faïence siliceuse, la représentation en ronde-bosse d’un tel animal serait plus fragile. Ce procédé est bien avéré sur ce type d’objet, comme en témoigne par exemple un scaraboïde en forme de canard où le volatile a été représenté allongé, bec replié sur ses ailes et non sous les ailes. Pattes, cou et bec restent ainsi bien visibles mais moins exposés aux brisures (Collection Charles Bouché, vente 2012, lot N° 164).

 

Le poisson nage vers la droite, sur un fond strié verticalement et représentant les filets d’une eau calme. Sa bouche est épaisse, l’œil figuré par deux cercles concentriques et une pupille verticale. La joue est soulignée d’un arc de cercle et de fines incisions diagonales représentent les écailles. La large nageoire dorsale, ornée de fines incisions verticales, ainsi que la queue triangulaire aux incisions horizontales plus profondes, identifient ce poisson comme un tilapia nilotica (inet en ancien égyptien).

 

A l’époque pharaonique, le tilapia était un symbole important de fertilité et de renaissance. Fins observateurs de la nature, les égyptiens avait remarqué que ce poisson d’eau douce, dont la période de ponte coïncidait avec celle de la crue du Nil, incubait ses œufs dans sa bouche. A leurs yeux, cet acte spectaculaire, destiné à protéger une progéniture, associait au tilapia l’illusion d’une création spontanée lors de l’éclosion des œufs, d’où un pouvoir de renaissance qui s’ajoutait à celui de la fertilité (DAMBACH & GAMER-WALLERT 1966, GAMER-WALLERT 1970, p. 120ff). L’image du tilapia se retrouve tant sur les parois des tombeaux que sur de multiples objets de la vie quotidienne : coupes d’apparat, palettes à fard, mais aussi en bijoux protecteurs. Outre les scarabées, amulettes et perles plus simples porteurs d’une représentation de tilapia, un collier en or par exemple, pièce exceptionnelle conservée au musée du Louvre, a comme ornement deux pendeloques en forme de tilapia, encadrant une perle en forme de lotus (Nouvel Empire, Inv. N° N1852).

 

Sur l’autre face de Co. 1966, un décor géométrique a été incisé en creux sur le plat, reproduisant ainsi la disposition d’un sceau. Au centre, quatre grandes boucles allongées forment une tresse. De part et d’autre, quatre uraei dressés, aux capuchons gonflés, sont orientés vers l’extérieur du tableau. Les quatre boucles centrales du décor sont donc peut-être à voir comme les volutes des queues de ces quatre cobras, prêts à lancer leur venin pour protéger le propriétaire de cet objet. Mi-scaraboïde, mi-perle aplatie, Co. 1966 est donc à voir comme une amulette puissante. Cette composition est entourée d’un lien torsadé, évocation possible du filet des cartouches royaux.

 

Des traces verdâtres se distinguent en surface, notamment au niveau de la perforation qui traverse Co. 1966 sur toute sa longueur. Elles permettent de restituer que l’objet était recouvert d’une glaçure. Elle a aujourd’hui presque totalement disparue.

 

Tout à la fois simulacre de sceau, perle et objet protecteur, Co. 1966 pouvait être suspendu à un élément d’architecture, porté sur soi comme un bijou protecteur, ou déposé dans un trousseau funéraire. Si la connaissance de sa provenance n’est pas connue, il semble néanmoins probable de lui supposer une origine funéraire. La qualité de la réalisation de ce scaraboïde, tant en ce qui concerne la gravure du décor que la finesse du matériau utilisé, incite à proposer une datation au Nouvel Empire, en le situant notamment aux alentours de la XVIIIe dynastie.

Inscription

Anépigraphe.

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