Statue

Prêtre

Egypte > provenance inconnue

Époque hellénistique et romaine

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 143 CM ; L. 43 CM ; P. 50 CM

Granit gris

Co. 1421

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre est en bon état de conservation. La tête est cependant manquante. On remarque aussi des cassures au niveau de la base (angle avant droit), de la main droite et sur le poignet du bras gauche.

Des dépôts de terre de fouille subsistent dans les creux.

 

Description

Cette statue figure un homme debout, placé sur une base. Représenté grandeur nature (d’après les canons égyptiens), le personnage est en position de marche, sa jambe gauche nettement lancée en avant. Un pilier dorsal, non inscrit, s’étend le long de son dos. Les traces d’une ancienne étiquette (ovale) se distinguent sur le côté gauche de la base. On observe en surface des dépôts de terre de fouille.

 

Aucune trace de chevelure ou de perruque n’étant visible sur les épaules, il est probable que le personnage était crâne rasé ou bien coiffé avec des cheveux courts. Les membres supérieurs sont collés au corps. Son bras droit est étendu le long du corps, poing fermé. Son bras gauche est légèrement replié et posé sur l’abdomen, au niveau de la région ombilicale. Le poing gauche, également fermé, semble maintenir le pan du rabat frontal du vêtement. L’homme, qui se tient très droit, est drapé dans un vêtement long, constitué d’une pièce de tissu large et ondulée et dont l’un des bords est frangé. Les plis de ce vêtement ajusté sont ramassés autour du bras gauche, formant ainsi une longue manche qui se termine par un bord frangé (voir, pour comparaison, le manteau porté par le dignitaire de la fin du Moyen Empire Ân, fils d’Ipy, dont le tissu frangé recouvre et maintient l’un des bras (Musée royal de Mariemont Inv. N° B.495, voir DERRICKS, DELVAUX 2009 p. 56-58). Au niveau du torse, le rebord supérieur du drapé de la statue du musée Rodin est roulé en trois torsades. Epaule et bras droits sont dégagés, mettant en valeur un corps athlétique. Un bracelet, large et laissé sans décor, encercle le haut du bras droit. Il s’agit du seul ornement précieux visible, le bras gauche étant recouvert par le vêtement. Chevilles et pieds de l’homme sont massifs, maintenus dans le bloc de granit par une réserve de pierre. En partie masquée par le bas du vêtement, elle assure la stabilité de cette statue, très lourde. Achetée à Paris en 1904 par Raoul Warocqué, collectionneur contemporain d’Auguste Rodin, la statue d’une Isis debout du Musée royal de Mariemont peut, de part ses dimensions et son style, constituer la version féminine du costume de la statue du musée Rodin (Inv. N° B. 130, 1,41 m de hauteur, voir notice de Claire DERRIKS, « Isis debout » in DERRICKS, DELVAUX 2009, p. 92-99).

 

 

Image d’un homme empreint de solennité, la statue du musée Rodin reflète une combinaison des attitudes et de la mode vestimentaire égyptienne et de l’influence grecque. Ce type de statue apparaît en Égypte au cours de l’époque ptolémaïque et reste très en vogue jusqu’à la fin du premier siècle après J.-C (voir JOSEPHSON, 1997, p. 20). La statue Co. 1421 retient d’Egypte l’attitude en marche de l’homme, l’adossement à un pilier dorsal et la conception frontale de la représentation. A l’inverse, le drapé du vêtement atteste d’une influence hellénistique assez libre, le costume égyptien de ce type de statue étant plus généralement composé d’une tunique courte portée près du corps, ou bien d’une jupe sacerdotale, recouvertes d’un long pagne à franges. Un châle était jeté sur une épaule et les extrémités du vêtement ramassées sur le bras. Sur la statue du musée Rodin, seule se distingue du costume égyptien un large drapé qui s’enroule autour du bras gauche, avec l’ajout de franges, de torsades et de plissés d’origines grecque et macédonienne.

 

La plupart des statues de ce type représentent des prêtres et ont été retrouvées à proximités de sanctuaires. Parmi les plus célèbres se trouve celle du prêtre Hor, grand prêtre de Thot, dont la statue qui présente les mêmes caractéristiques que la Co. 1421 a été retrouvée à Kom el Dikka (Musée égyptien du Caire Inv N° CGC 697). Autres représentations similaires, toujours à l’effigie d’un prêtre, la statue du Metropolitan Museum of Arts de New York Inv. N° 65.119 , et celle du Musée égyptien du Caire Inv. N° CG 27494 (voir THOMASS, HIGGS 2011, p. 32, fig. 52).

 

Le modelé du corps et le traitement du vêtement suggèrent une production datant de la fin de l’époque ptolémaïque ou du début de l’époque romaine. La statue du musée Rodin Inv. N° Co. 1421 représente donc certainement un prêtre de l’Égypte gréco-romaine. Il est probable que la statue ait été originellement placée à l’entrée d’un sanctuaire.

 

Aucun attribut ne permet de distinguer la fonction de ce prêtre, à l’inverse de la statue –incrite- de la même période, où le stratège Pa-Montou - Pa-lyn (Pamônthês – Plénis) arbore un collier raffiné avec un pendentif en forme d’emblème bat et une somptueuse peau de panthère qui recouvre son vêtement (Musée du Louvre Inv. N° E 20361, voir PERDU 2012 p. 382-391).

 

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

Boreux 1913 : Biron, 83 Statue d'homme debout sur une base, le bras droit pend le long du corps ; le bras gauche légèrement replié, retient le pan droit d'un manteau drapé de plis réguliers. La tête manque, le monument est anépigraphe. Epoque romaine. Granit gris. Haut.1,45 ; Larg. 45 Estimé quatre mille francs.

Donation Rodin à l'Etat français en 1916.

Commentaire historique

L'oeuvre était exposée à l'hôtel Biron en 1913, dans une préfiguration du futur musée. Elle fut photographiée par Eugène Druet, dans la premère salle de l'hôtel qui était presque entièrement consacrée à l'art égyptien. Rodin introduisait ainsi le musée avec les statues monumentales et quelques reliefs majeurs qu'il acheta à la fin de sa vie, après 1910. 

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