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Thot

sous sa forme d'ibis

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

ÉPOQUE TARDIVE OU ÉPOQUE PTOLÉMAÏQUE > XXVIe– XXXIdynastie > 672 - 30 AVANT J.-C.

[voir chronologie]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 6,6 cm ; L. : 6,7 cm ; Pr. : 15 cm 

Co. 5785

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre est en très mauvais état de conservation. 

L’ibis présente une épaisse couche de carbonates verts assez vifs (malachite). Des chlorures sont disséminés sur la surface très grenue. Des traces de terre d’enfouissement sont encore bien visibles sur l’ensemble de l’œuvre. Les emplacements prévus pour les pattes présentent de grandes lacunes qui laissent voir l’intérieur de la figurine. D’impressionnantes plages de sulfates bleu-vert mêlées de chlorures sont visibles sur l’œuvre. Le cou, la tête et les pattes manquent. On note des impressions de vannerie sur l’aile gauche. De nombreuses griffures parsèment également l’objet du côté droit. Enfin, la queue est entourée d’une longue fissure, aujourd’hui stable.

Description

L’œuvre représente le corps d’un ibis. Ne sont conservés que le corps et l’amorce du cou. Les formes générales de l’ibis paraissent correctes et naturalistes. Cependant, le très mauvais état de conservation a effacé tout décor de plumes sur le dos ou les ailes qu’il y a pu avoir à l’origine. D’importantes traces de végétaux assez larges, profondément imprimées sur tout le corps de l’ibis, suggèrent que l’objet a été enrobé dans une natte ou déposé dans un contenant en vannerie. Les pattes de l’oiseau étaient rapportées et deux ouvertures ont été ménagées au niveau du ventre pour en permettre l’insertion. Aujourd’hui, ces ouvertures sont béantes et très corrodées. L’état avancé de l’oxydation et de la corrosion a modifié l’apparence générale de l’objet, effaçant une plastique vraisemblablement plus détaillée qu’aujourd’hui. Il est aussi possible qu’à l’origine un placage, rapporté sur le corps de l’ibis, formait ses ailes. Un exemplaire de ce type de placage, isolé du corps de l’ibis d’origine, est conservé dans la collection du musée Rodin Co. 656.

 

Il existait deux sortes d’ibis en Égypte, l’« ibis blanc » (ibis aethiopica sive religiosa) et l’« ibis noir » (ibis falcinellus), auxquels Hérodote consacre son chapitre 76. Le premier affiche un plumage entièrement blanc et un bec rose, alors que le second a le cou, la tête, le bec, les pattes et la queue noirs. L’œuvre Co. 5785 ne présentant un état de conservation très mauvais, il est impossible de déterminer quelle espèce est ici figurée.

L’ibis était considéré comme un ami des hommes car il détruisait les chenilles et les sauterelles qui menaçaient les récoltent, mais aussi d’après Hérodote, les serpents ailés venus d’Arabie et les scorpions. Il est étroitement et uniquement associé au dieu Thot, dieu lunaire, maître des « paroles divines » et seigneur d’Hermopolis. Thot, forme divinisée de Djéhouty identifié à Hermès par les Grecs, est le plus important des dieux lunaires. Il possède une personnalité complexe comprenant de nombreuses facettes. Il est à la fois la personnification de la Lune, mais aussi son protecteur, son gardien et parfois son adversaire. L’association à l’ibis se fait ici par la forme de son bec qui évoque le croissant de Lune, ainsi que par son plumage bicolore. Dans le Livre de la Vache céleste, Rê en fait son vizir et son substitut en déclarant : « Tu seras à ma place, mon remplaçant. On dira de toi : Thot, le remplaçant de Rê ». En tant que gardien et protecteur de la Lune, elle-même assimilée à l’œil d’Horus, Thot est « Celui-qui-compte-les-parties-[de-l’œil] » dans ses phases croissante et décroissante. Il possède ainsi des dons de calculateur et de mesureur. Les égyptiens ayant avancé que le pas de l’ibis faisait exactement une coudée, il est alors utilisé comme étalon type et Thot devient « maître de la coudée ». On retrouve souvent des statuettes en bronze d’ibis couchés pour que les pattes représentent le signe du bras qui était utilisé pour écrire une coudée. Les collections du musée Rodin conservent un exemple l’illustrant, Co. 5977.

De par l’observation rigoureuse et minutieuse des phases de la Lune, Thot devient le « savant » par excellence qui fait de lui le maître des écrits et du calame et le patron des scribes. Il établit le cadastre général de l’Égypte, inscrit le nom des rois sur l’arbre iched, légitimant leur accession au trône, et enregistre les résultats de la pesée du cœur. Enfin, il est juge et arbitre entre les dieux, notamment en prenant le rôle de médiateur dans le conflit qui oppose Seth et Horus. 

 

Les innombrables représentations de Thot se limitent à trois types différents. Le plus souvent, le dieu est ibiocéphale. Il peut être également zoomorphe en prenant l’aspect d’un ibis ou d’un babouin assis, second animal sacré du dieu. Il est rare de le rencontrer entièrement anthropomorphe, ou cynocéphale bien que quelques exemples peuvent être cités, notamment dans la sixième heure du Livre de l’Amdouat, face à Nectanébo Ier dans les catacombes de Touna el-Gebel, ou sur la façade du tombeau de Pétosiris sur ce même site. 

Touna el-Gebel est connu pour être le centre culturel de Thot où la cosmogonie hermopolitaine s’est mise en place. On y trouve un ibiotapheion, immense nécropole animale où ibis et babouins y étaient momifiés et inhumés dans des jarres en terre cuite ou dans des cercueils en bois ou en calcaire. L’œuvre Co. 5785 représentant une figure de reliquaire, il est possible qu’elle provienne de ce site. 

 

Les reliquaires de l’Antiquité égyptienne sont des objets archéologiques assez bien connus, les cimetières d’animaux sacrés étant nombreux sur le territoire égyptien. Ils comprenaient deux types d’animaux, les « uniques » et les « multiples ». La première catégorie regroupe des animaux choisis, parmi ses congénères et par les prêtres grâce à une statue divine qu’ils manipulaient, pour représenter de son vivant une divinité particulière. Les « uniques » les plus connus sont les taureaux Mnévis et Apis dont la plus ancienne attestation d’inhumation date du règne d’Amenhotep III. Ici, avec l’œuvre Co. 5785 il s’agit du reliquaire d’un « multiple ». Ces « multiples »n’étaient pas choisis pour leur caractère sacré mais c’est par les rites de leur mise à mort, leur momification et les prières récitées à cet instant que leur était conféréun caractère divin. Les animaux les plus représentés sont les serpents, les chats, les chiens, les ibis et les crocodiles. Ils n’avaient pas de pouvoir à part entière, c’était le dieu qu’ils représentaient à leur mort qui était encensé. Ils devenaient alors un ba de la divinité, acquéraient un rôle de médiateur et devenaient capables de transmettre les doléances de la population. Les reliquaires étaient créés sur demande des dévots et les prêtres se chargeaient d’y insérer l’animal entièrement momifié, soit une partie de sa momie, voire même un paquetage imitant la forme de l’animal. Ces « meurtres » étaient pratiqués cachés du regard de la population car la loi égyptienne condamnait à mort toute personne ayant tué même accidentellement un animal. Quoiqu’il en soit, ils étaient courants afin de subvenir aux besoins des commanditaires. Au fil du temps, les commandes devenant de plus en plus nombreuses, certaines bêtes étaient ainsi élevées dans le seul but de servir à leur mort d’objet de dévotion.

 

Les figures d’ibis sont des objets relativement nombreux. En voici quelques exemples :

Musée du Louvre, Paris : E2411.

Museo egizio de Turin : C.1015 et C.1011.

Metropolitan Museum of Art, New York : 04.2.462.

Brooklyn Museum : 86.226.19

Œuvres associées

Les collections du musée Rodin conservent plusieurs exemples de figures d’ibis en bronze, notamment Co. 211Co. 776 et Co. 2380. Aucune de ces œuvres n’est complète.

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

Donation à l’État français en 1916.

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