Femme assise, tournée vers la droite

Égypte > provenance inconnue

L’âge classique > Moyen Empire 

[voir chronologie]

Calcaire

H. 15 cm ; L. 12,3 cm ; Ép. 2 cm

Co. 839

Commentaire

Etat de conservation

L’état de ce fragment de bas-relief, de forme approximativement triangulaire, est assez bon. La cassure de la partie supérieure forme une pointe et épargne de justesse le visage du personnage représenté. La cassure inférieure coupe le personnage au niveau des genoux tandis que la cassure de l’extrémité droite a préservé le bras droit du personnage mais pas son bras gauche, tronqué au-dessus du coude. En surface, la pierre est altérée : elle est piquetée et griffée, légèrement épaufrée par endroits (bretelle gauche de la robe, bordure gauche du fragment) mais cela ne gêne en rien la lecture de l’œuvre. Des marques d’outils sur le fond témoignent des gestes effectués par le sculpteur égyptien.

 

Le revers est largement marqué de traces d’outils (râpe). La surface est plus claire et plus propre que la face sculptée, ce qui indique qu’il s’agit d’une intervention récente qui correspond certainement à la dépose du fragment. Le chant gauche, plan, semble original ; il est marqué de quelques coups de ciseau diagonaux. Les autres chants sont des cassures.

 

On observe encore quelques restes de polychromie : ocre rouge sur la bordure, le siège du personnage et son bras gauche ; ocre jaune sur les carnations ; noir sur la perruque (d’infimes traces se trouvent aussi sur le menton, la joue, les bretelles, le collier, le cou et le bras gauche).

 

Malgré l’intervention de nettoyage de 2010, de l’encrassement demeure piégé dans les microanfractuosités de l’épiderme altéré, ce qui n’empêche en rien la lisibilité des modelés et l’éclat des restes de polychromie.

Description

Le fragment conserve la représentation d’une figure féminine tournée vers la droite. Cette svelte et élégante dame est assise sur un siège cubique à dossier bas recouvert d’un coussin. Elle allonge son bras droit devant elle, l’avant-bras parallèle aux cuisses et la main droite ouverte au-dessus des genoux. D’après l’amorce du bras gauche, qui a presque totalement disparu, il était également tendu devant elle, mais placé plus haut que le bras droit : elle allait très probablement se saisir d’un objet (aliment posé sur une table d’offrandes ou pion de jeu).

 

Elle porte une perruque tripartite, coiffure féminine par excellence, qui se retrouve tout au long de la période pharaonique. Si les mèches de cette perruque n’ont pas été individualisées, sa chevelure naturelle semble apparaître en-dessous, au niveau du front. Elle est parée d’un large collier-ousekh, dont les quatre rangs de perles sont rendus par des incisions concentriques, et d’un bracelet à motifs carrés.

Elle est vêtue d’une longue robe moulante qui monte juste sous le sein. La bretelle gauche, entièrement visible, est triangulaire ; la bretelle droite est en partiellement cachée par les cheveux. Le sein est représenté hors de la robe, comme s’il n’était pas couvert par la bretelle. Il s’agit là d’un exemple du principe d’aspectivité, mis en œuvre dans l’art égyptien : le sein, élément déterminant de la femme, est figuré de profil et bien visible pour que le personnage représenté soit immédiatement identifiable. De même, la main droite est en réalité une main gauche, ce qui ne correspond pas à une maladresse du sculpteur mais à une astuce discrète, permettant de bien faire figurer le pouce, mettant par ailleurs en valeur la finesse des phalanges. La dame étant tournée vers la droite, et sa paume étant vers les genoux, son pouce droit aurait été masqué.

 

Son visage est petit et carré. La ligne de profil montre une racine du nez peu prononcée, un nez droit et pointu, des lèvres charnues, ainsi qu’un petit menton arrondi. L’œil est grand et très allongé, il occupe presque toute la largeur du visage. Les coins de l’œil sont marqués, le coin interne descend vers le nez tandis que le coin externe remonte vers la tempe. Une incision au-dessus marque la paupière mais il n’y a aucune figuration de maquillage. L’oreille est très grande et haut placée. Elle fournit peut-être un indice de datation puisque c’est principalement sous le règne de Sésostris III que l’on retrouve cette caractéristique : l’oreille de grande taille est utilisée dans l’iconographie de ce roi – et, par mimétisme, de ses contemporains – pour illustrer la grande qualité d’écoute du souverain. L’angle de la mandibule est rendu par le changement d’épaisseur du relief entre le visage et le cou, qui est long et fin.

 

Ce relief était peint à l’origine et l’on observe encore quelques restes de polychromie. Suivant les conventions de l’art égyptien, les carnations de la femme étaient ocre jaune et sa perruque était noir. On trouve aussi d’infimes traces de noir sur le menton, la joue, les bretelles, le collier, le cou et le bras gauche. Des pigments ocre rouge sont présents sur la bordure, le dossier bas du siège ainsi que le bras gauche de la femme.

 

L’extrémité gauche du fragment est bordée par un liseré en relief : deux bandes verticales peintes en ocre rouge, séparées par une ligne incisée. La bande de droite est lisse. Celle de gauche, de type tore, est décorée de doubles incisions parallèles horizontales délimitant des rectangles, eux-mêmes incisés de deux traits obliques parallèles. Ce liseré indique la limite de la scène, voire même la limite originale de l’œuvre. La couleur ocre rouge représentant le bois en Égypte ancienne, il faudrait peut-être y voir l’indice d’un encadrement imitant le bois, le tore étant consolidé par des liens figurés par les incisions.

 

Ce fragment de relief est dépourvu des inscriptions qui accompagnaient très certainement la scène et donnaient l’identité de la figure féminine. Rien dans son iconographie n’indiquant qu’il s’agit d’une reine ou d’une déesse, nous pouvons donc supposer qu’elle était à tout le moins une noble dame, issue de la classe supérieure, que les textes désignent habituellement comme « maîtresse de maison ».

 

Ce fragment, datable du Moyen Empire d’après le style, proviendrait à l’origine de la paroi d’une tombe ou bien d’une stèle épaisse de type stèle fausse-porte. Cette dernière peut d’ailleurs se présenter comme un objet matériel indépendant placé dans une tombe ou dans un temple, ou bien comme un élément architectural faisant partie intégrante de la tombe. Le mouvement des bras laisse penser qu’ils étaient probablement tendus vers une table d’offrandes dans une scène devenue un poncif de l’art égyptien : celle du repas funéraire (voir, pour comparaison, la stèle fausse-porte de la dame Iit-en-heb, datée du règne de Sésostris II (XIIe dynastie) et provenant de la tombe 124 d’El Harageh, conservée à la glyptothèque Ny Carlsberg de Copenhague (ÆIN 1664 ; JØRGENSEN 1996, p. 162-163, n° 65).

Inscription

Aucune.

Historique

Acquise par Rodin entre 1893 et 1913.

Inventaire Boreux 1913 : Hôtel Biron, 257  Fragment de bas-relief (ou de stèle) en calcaire peint en rouge. Une femme (→) est assise sur un siège dont tout le bas manque. Elle a le bras droit allongé au-dessus du genou ; le bras gauche a disparu presque en entier. Plus grande haut. 14 cent, plus grande larg. 12 cent. (Estimé à) 20 F.

Donation Rodin à l’État français 1916

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