Masque funéraire d’homme

Egypte > provenance inconnue.

L’époque hellénistique et romaine > Empereurs romains > IIe-IIIe s. après J.-C. (D’après le style)

[voir chronologie]

Stuc polychrome doré à la feuille, pâte de verre.

H. 30,5 CM : l. 18 CM : P. 16 CM

Co. 3429

Commentaire

Etat de conservation

Lors de la restauration de 1999, le masque, cassé en deux fragments, a été reconstitué, et les yeux collés.
Le masque a conservé une partie de son cou. Le stuc présente quelques manques. L’oreille gauche, qui était rapportée, a disparu.
La polychromie est très lacunaire, le visage a perdu la presque totalité de sa dorure.

Description

Le masque représente un homme aux cheveux bouclés, portant la barbe et la moustache.

Le visage semble être modelé, non pas sorti d’un moule de série.

Les yeux, sertis de pâte de verre, sont profondément enfoncés sous des arcades sourcilières prononcées. Le nez plutôt large est bien dessiné, et la petite bouche est à demi dissimulée par la moustache. Les joues et le menton sont recouverts par la barbe.

La coiffure est élégante, faite de mèches souples à l’avant et de courtes incisions à l’arrière. Elle contraste avec la raideur austère des poils de la barbe et de la moustache.

 

Chez les Grecs comme chez les Romains, le port des favoris et de la barbe (discrète) est réservé aux hommes jeunes, de moins de quarante ans. Au contraire, en Egypte ptolémaïque, il existe de nombreuses représentations d’hommes barbus et moustachus, en dehors de la représentation emblématique du dieu Sérapis, créée à partir des effigies de Zeus et Hadès. (Buste de Sérapis en marbre, copie romaine d’un original grec du IVe s. av. J.-C., conservé au musée du Vatican, Inv. 689.)

L’empereur Hadrien (117 à 138 ap. J.-C.) met à la mode la barbe et la moustache couvrant les maxillaires et le menton et entourant la bouche. (Portrait d’Hadrien en marbre, provenant d’Héraklion en Crète, conservé au musée du Louvre Ma 3131- MNC 2392.)

En effet, quelques masques funéraires d’hommes daté de la première moitié du IIe siècle ap. J.-C. portent la barbe et la moustache (AUBERT, CORTOPASSI 2004, p. 122, B48 et p. 124, B50.)

Cette évolution amorcée à l’époque d’Hadrien se confirme par la suite : sur leurs portraits officiels ses successeurs portent tous la barbe et la moustache, de même que les empereurs du IIIe siècle. (AUBERT, CORTOPASSI 2004, p. 26.)

 

Un exemplaire de masque-plastron conservé à Strasbourg (Université des sciences humaines, Institut d’Egyptologie) est stylistiquement très proche de Co. 3429. (1998 Portraits de l’Egypte romaine, p. 121, cat. n° 71 et photo couleur p. 70.) Bien que la forme du visage soit différente, les yeux incrustés et les traits du visage, ainsi que la technique employée pour la barbe et les cheveux (rendus par des volutes en plâtre) sont semblables. Il est daté du IIe siècle après J.-C.

Outre les portraits de l’empereur Hadrien, le masque Co. 3429 nous rappelle les représentations de philosophes grecs, tels que Socrate, Platon et Aristote ; ces images ont été beaucoup copiées à Rome, notamment au IIe siècle après J.-C. (Buste de Platon en marbre conservé au musée Pio-Clementino du Vatican Inv. 305. Copie romaine d'un original grec du dernier quart du IVe siècle avant J.-C.)

Deux autres masques de la collection Rodin (Co. 660 et Co. 1771) portent la barbe et la moustache, cependant la technique utilisée, et donc le rendu, sont très différents.

 

Le masque Co. 3429 n’a conservé qu’une infime partie de la dorure qui recouvrait probablement, à l’origine, tout le visage. A l’époque romaine, les cartonnages et masques en stuc peuvent en effet être dorés, car l’or évoque la chair imputrescible des dieux. (2012 L’Orient Romain et Byzantin au Louvre, p. 373.)

Inscription

Anépigraphe.

Historique

 

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

Boreux 1913 : Villa des Brillants à Meudon, Atelier de peinture vitrine 10, 391 Très beau masque d’homme, portant la barbe et la moustache, yeux en verre. Plâtre peint en rouge et recouvert d’une dorure en partie conservée. Haut. 30 cent. Estimé mille francs.

 

Donation Rodin à l'État français 1916.

Commentaire historique

Ce masque d'homme était exposé dans une vitrine de l'atelier de peinture à Meudon et y fut photographié (musée Rodin, Ph. 830). Alors doré, il suscitait l'admiration du sculpteur :

"De son côté, le caractère hiératique des Égyptiens n'a pas enlevé beaucoup à cette force à la fois cruelle et sereine. Mais il a exprimé davantage l'austérité géométrique de la nature. Les Égyptiens ont conçu le plan sculptural selon la plus évidente géométrie naturelle, pour représenter et inspirer les rêves immenses de ces peuples conquérants. La sculpture s'épanouit ainsi, avec une vigueur qui demeure unique. Les Grecs y ont ajouté la grâce. On distingue immédiatement l'art grec, par cet apport particulier de la grâce, qui les met tellement à part dans l'histoire de l'art antique.

La tête barbue que vous voyez dans cette vitrine avait un masque d'or dont on remarque les traces. Elle est gréco-égyptienne. C'est la tête de Jupiter peut-être. Elle est farouche, et, aussi, gracieuse." (R. Canudo, "Une visite à Rodin", Revue hebdomadaire, 5 avril 1913, p. 35-36.)

< Retour à la collection