Masque funéraire de femme

Egypte > Touna el-Gebel ? (d’après le style)

L’époque hellénistique et romaine > Empereurs romains > première moitié du IIe s. ap. J.-C. (d’après le style)

[voir chronologie]

Stuc polychrome et verre teinté.

L. 17,2 CM : l. 31,5 CM : P. 17,5 CM

Co. 3428

Commentaire

Etat de conservation

Le masque a conservé une partie de son plastron (cou).
Lors de la restauration de 2005, les quatre fragments de la tresse ont été recollés sur la chevelure.
Le masque apparaît très endommagé, surtout au niveau du visage. Les volumes présentent en effet de nombreuses pertes de matière (nez, joues, menton, cheveux) et la presque totalité de l’épiderme a disparu, entraînant la polychromie avec lui. Seuls des restes de couleur noire sont encore conservés dans les cheveux. L’œil droit est manquant.
En outre, nous avons vraisemblablement plus d’une quarantaine de fragments qui correspondent à des cassures (notamment de la coiffure) et aux délitages en couche de l’épiderme.

Description

Le masque représente une femme.
La partie antérieure de la coiffure est composée de deux bandeaux ondulés – marqués par des incisions parallèles – séparés par une raie médiane, et se terminant par une longue boucle torsadée le long des joues. Une double tresse en forme de « bretzel », moulée ou modelée à part, est rapportée sur la chevelure. Elle est maintenue par deux liens à l’avant et à l’arrière. Sous la tresse et derrière les oreilles, les cheveux sont indiqués par de fines incisions parallèles.
Le visage est plein, les sourcils en relief. Les yeux sont traités en oblique avec la paupière supérieure légèrement tombante. Ils sont constitués de plaquettes de verre opaque enchâssées, maintenues en place par les paupières, modelées en stuc et ajoutées sur le pourtour des plaquettes.
Malgré le mauvais état de conservation du nez – à moitié arraché – on peut voir que l’arête est soulignée par un méplat. La petite bouche est souriante, et le sillon naso-labial est marqué. Les oreilles sont petites, leur creux est bien indiqué.

 

Les masques Co. 3247, Co. 3248 et Co. 3428 sont très ressemblants, tant du point de vue de la technique que du style. Aucun des trois masques ne conserve de bijoux (mais ils étaient peut-être initialement peints).

Le visage est caractérisé par une forme ovale aux joues pleines, des arcades sourcilières marquées, des yeux enchâssés placés en oblique avec les paupières supérieures légèrement tombantes, et un nez droit souligné par un méplat. On remarque que le visage de Co. 3248 est plus rond et le dessin de la bouche un peu différent : les commissures de la lèvre supérieure descendent, ce qui lui confère une moue boudeuse, alors que les deux autres visages esquissent un léger sourire.

Co. 3247 et Co. 3248 présentent la même fossette au menton (le menton de Co. 3428 est trop abîmé pour pouvoir en juger). Les trois masques ont le sillon naso-labial indiqué au moyen d’une trace laissée par un outil dans le plâtre.

Quant à la coiffure, elle est composée de plusieurs parties, comme pour la majorité des masques féminins. Sur le front, deux bandeaux de cheveux ondulés, rendus par des incisions parallèles, sont séparés par une raie médiane. Une mèche torsadée descend le long des joues devant les oreilles. Ces caractéristiques sont identiques sur les trois masques. Les traits du visage, ainsi que les cheveux ondulés sur la tête et torsadés sur les côtés rappellent la coiffure des « koré » du VIe siècle av. J.-C., telle qu’on peut la voir par exemple sur la célèbre statue de la « Koré au péplos » du musée de l’Acropole d’Athènes (n° 679).

 

On constate cependant des différences notables dans la coiffure. Les cheveux dissimulent en partie les oreilles de Co. 3247, alors qu’ils laissent celles de Co. 3248 et Co. 3428 entièrement découvertes. La forme des bandeaux de Co. 3428 est différente : les ondulations ne partent pas vers les côtés, comme pour les deux autres masques, mais descendent vers le bas. De plus, ils sont délimités par une mèche torsadée sur le front. Quant au reste de la coiffure, il n’est malheureusement plus possible d’en juger pour Co. 3248, étant donné son état de conservation. Mais on remarque que les masques Co. 3247 et Co. 3428 présentent de grandes différences. Pour le premier, le dessus de la tête se compose de bandeaux incisés ; le chignon à l’arrière est placé verticalement. Pour le second, les cheveux sont rassemblés en une double tresse qui forme un chignon large maintenu par un lien, à l’arrière. Le dessus de la tête est orné de lignes incisées pour indiquer que les cheveux sont tirés vers l’arrière.

 

On trouve un nombre important de parallèles à ces masques dans les collections muséales. Il est très probable qu’ils proviennent d’une fabrication en série de Touna el-Gebel, nécropole de l’ancienne cité d’Hermopolis Magna en Moyenne-Égypte, site d’où provient la majorité des masques funéraires conservés (GRIMM 1974, p. 71 et suivantes). Parmi ces parallèles, on note de grandes différences dans l’arrière de la coiffure (chignon), comme c’est le cas pour les deux masques Co. 3247 et Co. 3428. Ces variantes semblent logiques, étant donné que cette partie de la coiffure pouvait être fabriquée à part et rapportée sur la chevelure. (AUBERT, CORTOPASSI 2004, p. 15). Elle est sans doute à mettre en relation avec la mode capillaire de l’époque, qui suivait pour les femmes la coiffure portée par l’impératrice romaine sur ses représentions officielles, avec parfois des variantes. (GRIMM 1974, p. 71)

 

Voici cinq exemples particulièrement proches, tant au niveau du visage que de la coiffure. A noter que tous proviennent de Touna el-Gebel :

- Paris, Musée du Louvre E 12055 (AUBERT, CORTOPASSI 2004, p. 91, B 17). Ce masque, bien que fragmentaire, est identique à Co. 3248.

- Musée du Caire J.E. 58503 (GRIMM 1974, pl. 84,3).

- Frankfurt sur le Main, Liebieghaus Inv. M. 458 (GRIMM 1974, pl. 85,1).

- Genève, Musées des Arts et d’Histoire n° 12484.

- Genève, Musées des Arts et d’Histoire n° 12456.

 

Voici deux autres masques similaires :

- Genève, Musées des Arts et d’Histoire n° 13742 (GRIMM 1974, pl. 87,3-4) est identique au masque Co. 3247. La polychromie du visage est en grande partie conservée. Sa provenance est inconnue.

- Amiens, musée de Picardie M.P.D.94.3.202 (PERDU 1994, p. 54, n° 61), provient peut-être d’Antinoé. Il est stylistiquement très proche du masque Co. 3428.

 

Quant à la datation de ces masques, elle est assurée par l’analogie avec la coiffure mise à la mode par l’impératrice romaine. (GRIMM 1974, p. 71 et suivantes)

Co. 3428 reproduit la coiffure de Sabine, épouse de l’empereur Hadrien (dates de règne : 117-138 ap. J.-C.), caractérisée par des bandeaux plus ou moins ondulés et par une natte souple et évasée couronnant le crâne à la manière d’un turban. On peut l’observer par exemple sur un buste en marbre conservé au musée du Prado (Ca. 130). (AUBERT, CORTOPASSI 2004, p. 21 et GRIMM 1974, p. 83-4, cf. pl. 82-3)

Inscription

Anépigraphe.

Historique

 

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

Donation Rodin à l'État français 1916.

Commentaire historique

Le masque était exposé du vivant de l'artiste dans l'atelier de peinture de la Villa des Brillants à Meudon, avec le masque Co. 3430. Il était présenté à l'intérieur d'une vitrine, mis en valeur et protégé par une vitrine-cloche à armatures métalliques (voir images historiques ci-contre).

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