Socle de Ptah-Sokar-Osiris

Égypte > provenance inconnue  

Probablement Epoques tardives > 664-30 avant J.-C. 

[voir chronologie]

Bois polychromé (Figuier sycomore) 

H. 0,23 m  ; L. 0,115 m  ; Pr. 0,065 m  

Co. 6554 

Commentaire

Etat de conservation

L’objet est en assez mauvais état de conservation  ; le bois et la polychromie sont altérés. Le socle, sain aujourd’hui, porte les stigmates d’une attaque fongique ancienne, due à un séjour prolongé en milieu humide. Les faces antérieures et postérieures du socle sont tronquées. Des traces de couches picturales sont visibles sur les deux côtés. Elles sont pulvérulentes et n’adhèrent plus au bois. 

Description

Ce grand socle de bois monoxyle constituait la base d’un groupe statuaire, dont les figurines sont aujourd’hui manquantes. Le socle a été réalisé dans une grande pièce de sycomore (Ficus sycomorus L., voir ASENSI AMORÓS 2019). Les faces avant et arrière du socle sont tronquées. Ayant ainsi perdu leur enduit, elles laissent apparaître une coupe transversale du tronc, allant jusqu’au cœur du bois utilisé. La polychromie est presqu’entièrement perdue, mais des traces de couches picturales s’observent sur les deux faces latérales du socle. Une couche préparatoire d’enduit ocre clair, appliquée directement sur le bois, est conservée par endroit. Un décor peint, dont les pigments ont imprégné le bois, alterne des bandes verticales ocre jaune, ocre rouge, ocre brun-noir.  

 

Le socle est creusé en sa face supérieure de deux cavités, de dimensions inégales. La première, plus petite mais légèrement plus profonde, est carrée (4,5 cm de côté et 3,5 cm de profondeur) ; l’autre est rectangulaire ; elle mesure actuellement 6,2 cm de longueur (l’une des extrémités est incomplète), 3,2 cm de largeur et 2 cm de profondeur. Deux compositions plus complètes permettent de comprendre la fonction de ce socle, support très probable d’une image de Ptah-Sokar-Osiris. D’une part, le Ptah-Sokar-Osiris Inv. N° 86.1.88a-d d’époque saïte, du Metropolitan Museum of Art de New York (voir https://www.metmuseum.org/art/collection/search/551504). Deux statuettes sont encastrées sur un long socle : une grande divinité momiforme, Ptah-Sokar-Osiris, et un petit faucon momifié, Sopdou (sur la divinité protectrice Sopdou, voir SCHUMACHER 1988). Enveloppé dans un linceul, Ptah-Sokar-Osiris arbore un large collier-ousekh et porte une couronne-shouty, constituée de cornes de bélier surmontées de deux plumes d’autruche et d’un disque solaire. Celle-ci est caractéristique de ce dieu, puisqu’elle est à l’origine associée à Ptah, dont Ptah-Sokar-Osiris est une forme syncrétique. On remarque également, sur l’exemplaire du Metropolitan Museum, les chairs et la chevelure vertes de la divinité, références cette fois à son aspect osirien, puisque ce dieu, après avoir été tué par Seth puis momifié, arbore une carnation verte à noire qui signale son changement de statut et son association au monde des morts. La petite image de Sopdou est allongée sur un long couvercle servant à obturer une trappe. Un paquetage de bandelettes, reprenant la forme d’un faucon, a été déposé dans la cavité. Le contenu de ce paquetage n’est pas connu, très probablement un fragment de papyrus inscrit ou un simulacre de faucon momifié. L’autre figure, le Ptah-Sokar-Osiris Inv. N° 15241 d’époque tardive du musée archéologique national de Madrid (voir http://www.globalegyptianmuseum.org/record.aspx?id=7480), permet de comprendre le motif peint en alternance qui ornait le socle Co. 6554. La base de Madrid est peinte sur tous les côtés d’un motif à redans ocre rouge, ocre-jaune et vert-noir, évocation des murs d’enceintes qui protégeaient les complexes funéraires royaux dès les débuts de l’histoire égyptienne (voir par exemple, pour la IIIème dynastie, le complexe funéraire de Djéser à Saqqarah). 

 

Le socle du musée Rodin correspondrait donc à la base d’une statuette de Ptah-Sokar-Osiris, élément caractéristique du mobilier funéraire égyptien de l’époque tardive, notamment aux XXVème et XXVIème dynasties (sur la typologie de ce type de statuettes, voir RAVEN 1978-1979). Placée dans le trousseau funéraire, la composition sophistiquée d’un Ptah-Sokar-Osiris participait à la résurrection du défunt et la protection de son corps dans l’au-delà. Auguste Rodin avait acquis sept autres statuettes de Ptah-Sokar-Osiris, les Co. 663, Co. 665, Co. 666, Co. 2444, Co. 3401, Co. 3402 et Co. 3585. Plus complètes, elles ont conservé l’image de la divinité momiforme représentée, syncrétisme de trois dieux  : Ptah, Sokar et Osiris. Il est probable de restituer qu’une figure de Path-Sokar-Osiris de ce type était placée dans la cavité de section carrée du socle Co. 6554. Les dimensions de la cavité rectangulaire suggèrent qu’elle était obturée par un panneau coulissant, supportant peut-être une figurine miniature, et qu’elle contenait un fragment de papyrus inscrit, ou un paquetage en forme de momie.  

Inscription

Anépigraphe. 

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