Homme

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

ÉPOQUE SAÏTE > XXVI– XXVIIdynastie > 656 - 525 AVANT J.-C. probablement

[voir chronologie]

GRANIT NOIR OU BASALTE

H. : 11,5 cm ; L. : 7,8 cm ; P. : 6 cm 

Co. 784

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre présente un état de conservation très fragmentaire. 

Représentant originellement un groupe, il ne reste aujourd’hui que le buste de l’homme et la main gauche d’une femme posée derrière son épaule gauche. La statue est brisée transversalement sur le buste de l’homme, la cassure courant de l’épaule droite au coude gauche. On note que de nombreux impacts ont endommagé l’œuvre, notamment le nez et une partie du pectoral droit, de même que le pilier dorsal qui présente des chocs. Des restes de terre d’enfouissement sont encore bien visibles sur l’ensemble de la statue. Les détails anatomiques sont patinés. 

Description

L’œuvre représente un groupe se composant d’un homme et d’une femme dont seule la main gauche subsiste, posée derrière l’épaule gauche de l’homme. Le bras gauche de l’homme étant replié vers les cuisses, on peut en conclure que les deux figures étaient assises, appuyées contre un large dossier non poli et anépigraphe. Le bras droit de l’homme se détache en oblique de son buste. En comparant avec la statue conservée au Metropolitan Museum of Art 2012.412, il devient possible de restituer qu’il enserrait peut-être la figure féminine placée à ses côtés. Cette attitude d’un couple enlacé se retrouve régulièrement tout au long de l’histoire égyptienne, notamment sur les représentations d’époux. 

 

L’homme est coiffé d’une perruque évasée, striée horizontalement sur le crâne et verticalement sur la longueur des mèches. Elle tombe sur les épaules sans les recouvrir et laisse les oreilles dégagées. Aplatie sur le sommet du crâne, la coiffe descend particulièrement bas sur le front. Les sourcils s’incurvent au-dessus des yeux en se redressant légèrement sur le côté. Ils sont prolongé d’une ligne de fard jusqu’aux tempes, de même que la paupière supérieure de l’œil. Les yeux correspondent aux canons classiques de l’art égyptien, offrant le même aspect que le signe hiéroglyphique à leur image, leur coin interne plongeant vers le bas, l’autre remontant vers le haut. En leur centre, la pupille est grande et ronde, donnant un effet globuleux. La glabelle est bombée. Elle annonce un long nez en triangle. Celui-ci surmonte une petite bouche aux commissures profondes. Les narines et les lèvres ont disparu dans une cassure. Les joues sont pleines et les cernes sous les yeux ont été légèrement creusées. Les mâchoires suivent le contour du visage ovale et le menton est fuyant. Les oreilles, disproportionnées, sont détaillées grâce au dessin de l’hélix, de la conque et du lobe. 

Le cou épais annonce des épaules larges aux bras massifs sur lesquels le rond de l’épaule et le coude ont été modelés. Le buste est simplement rendu. Les pectoraux sont à peine bombés, la taille est fine et le nombril, placé très haut, est peu creusé. On remarque du côté gauche l’amorce de la ceinture du pagne. 

Seul indice de la présence d’une figure placée aux côtés de l’homme, une main gauche qui enserre son épaule gauche. Les doigts, simplement modelés, sont clairement dissociés les uns des autres. 

 

Ce type statuaire, figurant des personnages enlacés et assis sur un siège, est particulièrement apprécié des égyptiens. On en trouve de nombreux exemples dès l’Ancien Empire. Ces groupes pouvaient être à fonction funéraire, agissant comme une statue de culte recevant les offrandes et les rites accomplis par la famille des défunts. 

Le fragment de groupe Co. 784, serait à dater d’une période postérieure au Nouvel Empire, et plus certainement de la Basse-Époque. Deux éléments permettent de proposer une datation tardive. D’une part, la perruque évasée sans raie médiane, et ici striée, est attestée dans l’art égyptien dès le Moyen Empire, puis au Nouvel Empire (plus rarement à l’époque ramesside) et surtout pendant la Troisième Période intermédiaire (cf. BRANDL Helmut, Untersuchungen zur steinernen Privatplastik der Dritten Zwischenzeit: Typologie - Ikonographie - Stilistik, II, Berlin, 2008, p. 354-355 ; PERDU Olivier, Les statues privées de la fin de l’Égypte pharaonique (1069 av. J.-C.-395 apr. J.-C.), Tome I : Hommes, catalogue du musée du Louvre, Paris, 2012, p. 41). Elle a presque disparu au début de l’époque lagide. Le dernier exemple publié à ce jour date du début de la période saïte sous le règne d’Apriès (cf. PERDU Olivier, op. cit., p. 41, note 40). Les chevrons que forment les stries à l’arrière trouvent de bons parallèles, en V inversé très pointu, à la fin de la Troisième Période intermédiaire (cf. BRANDL, op. cit., p. 354, fig. 37; II, pl. 52). Cette datation, qui pourrait convenir à cette statuette, ne peut être avancée qu’avec une grande prudence. 

Autre élément de datation, on note l’absence de naturalisme et de réalisme dans les traits du visage comme caractéristique des époques tardives. En effet, il s’agit d’un style idéalisé où toutes les marques de l’âge ou de traits particuliers sont lissées. Seules les caractéristiques présentes dès la naissance sont figurées, notamment le philtrum

Les oreilles du personnage, larges et bien visibles, pourraient être un emprunt à l’art du Moyen Empire ; la perruque peut également constituer une référence archaïsante. Cette tendance archaïsante dans l’art, qui commence dès la fin de l’époque libyenne, est surtout en vogue sous la XXVdynastie et durant la première moitié de la XXVIdynastie, ce qui inciterait à proposer pour le groupe statuaire Co. 784 une datation un peu plus tardive (cf. PAYRAUDEAU Frédéric, « Les prémices du mouvement archaïsant à Thèbes et la statue Caire JE 37382 du quatrième prophète Djedkhonsouiouefânkh », BIFAO 107, 2007, p. 141-156.)

Œuvres associées

La statue Co. 821 conservée au Musée Rodin offre un autre exemple de statue masculine portant la perruque striée mais affectant la deuxième tendance figurative de la Basse-Époque dite « réaliste ». Celle-ci met en avant toutes les caractéristiques du vieillissement ou des particularités individuelles. Le Musée Rodin conserve également d’autres exemples de statues masculines de la XXVIdynastie, notamment Co. 880 et Co. 5872 qui présentent également une perruque à bourse comme Co. 951

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

Boreux 1913 : Hôtel Biron, 145, Partie supérieure d'une statuette de personnage adossé à un pilier dorsal, une main s'appuie sur une épaule gauche. Tout le bras droit et une partie du bras gauche manquent. Basalte (ou granit noir). Epoque saïte. Haut. 12 cet. Estimée trente francs.

Donation à l’État français en 1916.

Commentaire historique

L'oeuvre était exposée à l'hôtel Biron en 1913, dans une préfiguration du futur musée.

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